30 avril 2021

Un témoignage en souvenir de nos expériences à Madagascar…

Trois années consécutives, en 2014, 2015 et 2016, Delphine Demont a été invitée par la compagnie Lovatiana et l’Institut Français de Madagascar, afin de rencontrer les danseurs malgaches et de partager avec eux des expériences pédagogiques ainsi que des processus de création.

En 2014, Delphine a proposé un stage autour de la découverte de l’acaJOUET, ouvert aux danseurs professionnels, en formation et/ou déficients visuels. En 2015, Delphine est revenue accompagnée de Saïd Gharbi pour proposer un stage avec restitution publique lors de la plateforme Kilokolo,  et présenter un extrait de leur duo Clairières sur le plateau de l’Institut Français. Enfin, en 2016, Delphine est revenue partager un processus de création pour créer une forme courte, Sous-entendu : Nouvelle lune, première étape qui a conduit à la création en France, en 2018, de Nouvelle lune.

Sur l’invitation de la chorégraphe Lovatiana Rakotobé, Delphine a rédigé le témoignage qui suit – l’occasion de redire la richesse de ces rencontres et notre désir de pouvoir en envisager de nouvelles, et de redire toute notre amitié aux danseurs malgaches.

 » Je suis chorégraphe de la compagnie Acajou, compagnie de danse basée à Paris et créée en 2005. Ma recherche porte sur la hiérarchisation des perceptions dans l’acte de danser ainsi que dans la réception de la danse : depuis la création de la compagnie, mes propositions se nourrissent d’un travail régulier avec des danseurs déficients visuels amateurs et professionnels ; j’ai rencontré la chorégraphe Lovatiana Rakotobé en 2007 à l’occasion de sa résidence en France, et d’un stage que notre compagnie proposait avec une compagnie japonaise également engagée dans un travail avec des danseurs mal et non-voyants.

J’ai eu l’immense joie et le grand honneur d’être invitée 3 fois par Lovatiana Rakotobé et l’Institut Français de Madagascar : en 2014 pour donner un stage, en 2015 pour donner un stage avec l’un de nos danseurs non-voyants, Saïd Gharbi, et présenter un extrait de notre duo Clairières, et en 2016 pour une résidence de création avec les danseurs de la compagnie de Lovatiana. Ces expériences, infiniment précieuses, m’ont permis de confronter ma démarche pédagogique ainsi que ma démarche de chorégraphe à des danseurs issus d’une autre culture et formés à la danse par d’autres techniques et propositions.

Le principal souvenir que je garde de ces expériences est un souvenir de joie : joie de partager et de se rencontrer par la danse, joie de découvrir pour moi, que mes propositions pouvaient être reçues par d’autres danseurs déficients visuels que ceux que j’avais formés, joie de réaliser le plaisir qu’avaient ces danseurs à entrer dans de nouvelles propositions et à s’ouvrir à d’autres chemins chorégraphiques.

A l’issue de ma dernière résidence à Madagascar en 2016, nous avons présenté une courte pièce, « Sous-entendu, Nouvelle lune », dans le cadre d’une soirée où les danseurs de la compagnie Lovatiana présentaient également d’autres pièces chorégraphiées par Lovatiana. J’ai été immensément émue de voir ces interprètes changer si facilement de répertoire, au sein d’une même soirée – ce n’est jamais facile d’enchaîner des créations de chorégraphes différents, et on peut aisément imaginer que c’est d’autant plus complexe lorsque s’ajoutent à cette difficulté technique les difficultés spécifiques, liées au handicap visuel. Est né en moi un désir, ou plus exactement un rêve : organiser une tournée présentant des danseurs déficients visuels, qui interprèteraient au sein d’une même soirée les pièces de différents chorégraphes. Une proposition qui permettrait de faire découvrir au public différentes facettes de ces interprètes extraordinaires, de mettre en avant leur savoir-faire professionnel, leur capacité à s’engager corps et âme dans des univers et des propositions variés. »

Facebook Twitter Google+